Chapitre I » Cette année, j’ai fait un pari simple : partir au Pitti Uomo avec un seul costume. Trois jours plus tard, je suis rentré avec une conviction encore plus forte : un vestiaire intelligent ne se mesure pas au nombre de pièces, mais aux possibilités qu’elles offrent. «
Un costume, trois silhouettes au Pitti Uomo


Il y a des villes que l’on visite. Et puis il y a celles que l’on retrouve. Florence fait partie de ces villes-là.
Chaque mois de juin, je prends le même plaisir à y revenir pour le Pitti Uomo. Bien sûr, il y a le salon, les rencontres, les présentations des drapiers et les conversations autour du vêtement masculin. Mais au fil des années, ce rendez-vous est devenu bien plus qu’un déplacement professionnel. Il est devenu un rituel.
Comme souvent, mon réveil sonne tôt. Quelques minutes plus tard, je descends les quelques marches qui séparent mon hôtel de la Piazza della Repubblica.
Beaucoup commencent leur journée au Caffè Gilli. Moi, je préfère le Giubbe Rosse. À cette heure-là, l’ambiance y est plus paisible. Les premières tables se remplissent doucement, les serveurs installent la terrasse pendant que Florence s’éveille. Je commande presque toujours la même chose : un espresso et un croissant à la pistache. Une petite habitude qui fait désormais partie intégrante de mes séjours.
J’aime prendre mon temps.
Observer les Florentins rejoindre leur travail pendant que les silhouettes venues du monde entier commencent à apparaître. Certaines sont spectaculaires, d’autres beaucoup plus discrètes. Toutes racontent quelque chose.
Mon hôtel se trouve juste au-dessus, côté cour. J’y séjourne à chacun de mes passages. Cette année, en arrivant à la réception, un sourire m’a accueilli avant même que je ne donne mon nom.
« Vous revenez pour le Pitti ? »
Cette simple question m’a fait sourire. Elle m’a rappelé qu’après plusieurs éditions, Florence commençait à avoir un parfum de familiarité.
J’ai mes habitudes. J’ai mes adresses. J’ai même mon glacier préféré.
Je me déplace toujours à pied. Non seulement parce que tout est accessible en quelques minutes, mais surtout parce que marcher à Florence est un plaisir à part entière. En moins d’un quart d’heure, je peux rejoindre la Fortezza da Basso, traverser les ruelles du centre historique, admirer une nouvelle fois le Duomo ou passer par le Ponte Vecchio. Je pourrais certainement gagner quelques minutes en prenant un taxi. Mais je perdrais l’essentiel : cette sensation d’habiter la ville, même pour quelques jours.
Florence, le meilleur terrain pour tester un vestiaire intelligent


Cette année pourtant, quelque chose avait changé avant même mon arrivée. Pour la première fois depuis longtemps, je n’avais emporté qu’un seul costume.
Habituellement, j’en glisse toujours un deuxième dans ma valise. Une autre option. Une autre couleur. Une sécurité, en quelque sorte.
Cette fois, j’ai décidé de faire autrement. Non pas parce que je voulais voyager plus léger.
Mais parce que je voulais mettre à l’épreuve une conviction que je partage souvent avec mes clients : un bon vestiaire ne dépend pas du nombre de vêtements que l’on possède, mais de leur capacité à répondre à plusieurs situations.
Ce costume trois pièces vert olive allait être le fil conducteur de mon séjour.
Confectionné dans un drap Drago, il est réalisé à partir de la liasse Sartorial Swing. Une étoffe à la fois légère, respirante et suffisamment vivante pour accompagner les journées estivales de Florence. Nous avons imaginé une veste entoilée et structurée, mais inspirée de la safari jacket, avec ses grandes poches plaquées. Une manière d’apporter un peu plus de décontraction à une pièce qui reste profondément sartoriale.
Dès la première journée, je l’ai porté dans sa version la plus complète. Les trois pièces, une chemise blanche et un bandana de chez Sera fine silk noué autour du cou. Une silhouette assumée, inspirée du tailoring italien que j’aime tant, parfaitement dans l’esprit du Pitti Uomo.
Un bon costume ne s’arrête pas aux portes du Pitti Uomo


Mais très vite, Florence reprend ses droits. Le soleil monte. Les températures dépassent les trente-cinq degrés. La théorie laisse place à la réalité.
Le gilet retourne dans la chambre. La chemise s’ouvre de quelques boutons. Le costume change immédiatement de lecture. Il devient plus léger, plus décontracté, sans jamais perdre en élégance.
C’est exactement ce que j’attends d’une belle pièce : qu’elle s’adapte à la journée au lieu de m’obliger à m’adapter à elle.
Entre deux rendez-vous, les kilomètres s’enchaînent sans que je m’en rende compte.
Une présentation de tissus chez Huddersfield. Des échanges passionnants autour des matières, des armures et des couleurs. Derrière chaque costume se cache d’abord un tissu, et derrière chaque tissu, des femmes et des hommes qui perpétuent un savoir-faire.
Puis viennent les déjeuners, les rencontres improvisées dans les allées du salon et les discussions qui se prolongent jusque dans les rues de Florence.
J’ai également eu le plaisir de retrouver les ambassadeurs de Blandin & Delloye : Magne Scavo, Franz, Gui Bo et Kevis. Nous partageons la même passion, mais chacun avec son regard, son parcours et sa sensibilité. Ces échanges nourrissent autant ma vision du métier que les conférences ou les présentations de collection.
Au fond, c’est aussi pour cela que je reviens au Pitti. Pour les vêtements, bien sûr. Mais surtout pour les conversations qu’ils provoquent. La journée ne faisait pourtant que commencer.
Le Pitti Uomo n’est qu’une partie de ce que j’aime vivre à Florence.
Les soirées avec les drapiers, les dîners dans mes adresses favorites, les promenades jusqu’au Ponte Vecchio et même mon anniversaire ont fini de me convaincre qu’un bon costume ne se juge pas uniquement sous les projecteurs d’un salon.
C’est précisément ce que je vous raconterai dans le Chapitre II de ce carnet.